Aller au contenu principal

La Société du patrimoine Kitikmeot est un organisme unique de recherche inuite qui possède 20 ans d'expérience de préservation et de partage des connaissances inuites et dix ans d'expérience de réalisation de son mandat par l'entremise de technologies en ligne, comme le pilote Atlas de la 5e expédition de Thulé, un projet qui a été mis sur pied en partie grâce à une subvention du Programme d'investissement communautaire de l'ACEI en 2014.

La communauté inuite, avec l'aide de la Société du patrimoine Kitikmeot, déploie des efforts soutenus visant à se réapproprier son histoire. Malheureusement, la volonté de revitaliser la culture inuite au Nunavut fait face à de nombreuses embûches. Les biens culturels matériels sont la propriété d'institutions d'autres pays, ce qui rend l'accès difficile; les Inuits aînés, qui détiennent la connaissance des modes de vie rattachés aux ressources naturelles, sont de moins en moins nombreux. La Société du patrimoine Kitikmeot apporte sa contribution pour résoudre ces problèmes en utilisant l'Internet pour promouvoir l'histoire inuite et relier les gens à un passé qui pourrait être oublié.

La 5e expédition de Thulé

De 1921 à 1924, Knud Rasmussen, un anthropologue danois qui parlait l'inuktitut, a dirigé la 5e expédition de Thulé, un périple qui lui permit de recueillir des données détaillées sur les sociétés inuites traditionnelles au Canada. Pendant leur voyage dans le nord, Rasmussen et son équipe ont recueilli une grande quantité de traditions orales, de noms d'endroits traditionnels, de données linguistiques, de cartes tracées par les Inuits, de photos, et plus de 2 000 articles ethnographiques. Même si une partie de ces connaissances ont été publiées, la majorité demeure inaccessible au public et repose dans des archives et des collections de musées au Danemark.

En décembre 2017, Darren Keith et Pamela Gross de la Société du patrimoine Kitikmeot ont eu une occasion exceptionnelle de voyager au Danemark avec deux aînés inuits afin d'explorer les archives et la collection ethnographique du Musée national du Danemark. Dans le cadre du projet Atlas, l'objectif du voyage était de ramener ces connaissances au peuple inuit en recueillant les noms et les descriptions de différents objets.

L'Atlas de la 5e expédition de Thulé est une plateforme numérique qui compile les renseignements ethnographiques recueillis par Rasmussen et son équipe, dans le but de rendre cette importante information accessible au grand public, y compris les Inuits dont les ancêtres ont reçu la visite des explorateurs. En 2016, la Société du patrimoine Kitikmeot a reçu une autre subvention du Programme d'investissement communautaire pour la poursuite du projet. Cette fois-ci, leurs objectifs étaient de numériser tous les biens matériels du Musée national du Danemark, de continuer à alimenter l'Atlas et de visiter des intervenants pour donner aux Inuits la possibilité de guider l'élaboration de l'Atlas. Leur voyage précédent au Danemark n'était qu'une partie de l'ensemble du projet, mais tout de même une expérience inestimable.

Les aînés ont eu l'occasion unique de manipuler des articles ethnographiques et de toucher les outils jadis utilisés par leurs ancêtres. Chaque objet leur faisait vivre toute une gamme d'émotions et leur rappelait leur enfance. Ils ont raconté les histoires de leurs mères et de leurs grand-mères qui battaient le tambour qu'ils tenaient dans leurs mains, et se sont souvenus d'avoir embarqué à l'arrière du kayak qu'ils avaient devant eux, se revoyant perdre l'équilibre lors des expéditions de chasse avec leurs pères. Ils étaient étonnés que de tels objets se trouvent si loin de leur pays d'origine.

Malheureusement, nous sommes à un moment de l'histoire où les derniers Inuits qui ont mené une vie ressemblant à celle que leurs ancêtres vivaient sur leurs terres sont condamnés à disparaître, et avec eux de vastes connaissances. C'est pourquoi une des grandes réussites de ce voyage aura été de mettre en contact des aînés et leur histoire une dernière fois.

Même si la prudence est de mise dans les musées pour la manipulation des artéfacts, les employés du Musée national du Danemark ont été très généreux avec les aînés, car ils comprenaient l'importance de les laisser manier les instruments lorsqu'ils expliquaient ce qu'ils étaient et comment ils étaient utilisés jadis. Les représentants du musée comprenaient que la valeur de ce moment était plus importante que toute autre considération.

Pour la prochaine étape du projet, une équipe du Musée national du Danemark visitera la Société du patrimoine Kitikmeot au Canada. Ils s'appuieront sur leur partenariat existant et travailleront ensemble pour numériser et transférer les artéfacts du musée à l'Atlas de la 5e expédition de Thulé.

En développant cet outil, la Société du patrimoine Kitikmeot soutient le retour des connaissances culturelles inuites qui sont actuellement inaccessibles, car elles se trouvent dans des livres rares et des collections ethnographiques au Musée national du Danemark. L'Atlas sera un outil puissant pour la recherche, les échanges et la contribution de connaissances à l'intention des Inuits canadiens, des établissements universitaires et de toute la population canadienne.

blog-cip-project-khs-1_190410

Bessie tient un pilon qui servait à préparer la graisse qui allait servir de combustible dans la lampe de stéatite appelée qulliq.

blog-cip-project-khs-2_190410

Bessie Omilgoetok joue d'un tambour que ses ancêtres ont donné à Knud Rasmussen il y a 100 ans.


Atlas de la 5e expédition de Thulé

L'Atlas de la 5e expédition de Thulé une plateforme numérique où sont colligés les renseignements ethnographiques recueillis par les premiers explorateurs de l'Arctique et où ils sont rendus aux populations inuites avant qu'ils se perdent à jamais.

L'Atlas constitue une démarche innovante de la cybercartographie, alliant diverses formes de connaissances géolocalisées pour tracer l'histoire inuite ainsi que garder en mémoire les artéfacts et les noms des lieux. Il a été mis au point en tenant compte précisément de la démarche qu'adoptent les Inuits en matière d'apprentissage, de conservation et de dissémination des connaissances culturelles. Ses exigences sont plus faibles en bande passante, de sorte que les communautés du Nord et les collectivités vivant en région éloignée puissent y accéder.