LE PROJET
Lorsque de jeunes organisateur·rices queers, noir·es, autochtones et racialisé·es participent à un rassemblement ou mènent une campagne en ligne, ils/elles s’inquiètent souvent en silence de savoir qui les observe, quelles données sont recueillies et ce qui pourrait arriver si on utilisait leur visibilité contre eux/elles.
Platform (anciennement connu sous le nom de Young Women’s Leadership Network) est un organisme national de leadership civique basé à Toronto qui renforce les capacités de leadership des femmes noires, autochtones, racialisées et queers ainsi que des jeunes de genres divers afin qu’ils/elles puissent faire progresser l’équité et la justice entre les sexes. Pour bon nombre d’organisateur·ices communautaires et de dirigeant·es public·ques soutenu·es par Platform, être visible en ligne peut comporter des risques réels. Il peut s’agir de harcèlement, de haine, de divulgation malveillante d’informations personnelles ou d’atteintes à la vie privée visant précisément certaines personnes en raison de leur identité et des fonctions qu’elles occupent. Le projet Cyberoctets, développé avec le soutien d’une subvention Net Good par CIRA, a été la réponse de Platform : un programme national d’apprentissage de la sécurité numérique conçu pour aider les dirigeant·es queers et BIPOC (personnes issues des communautés noires, autochtones et de couleur) à mieux comprendre les risques en ligne, à renforcer leurs pratiques en matière de confidentialité et à se sentir plus à l’aise dans les espaces numériques.
Afin de concevoir un programme fondé sur des expériences vécues plutôt que sur des hypothèses, Platform a commencé par évaluer les besoins en matière de sécurité numérique à l’aide de sondages, d’entretiens et de petits groupes de discussion. L’une des principales conclusions tirées est que de nombreux·ses participant·es étaient considéré·es comme « natif·ves du numérique », mais se sentaient néanmoins dépassé·es par l’évolution rapide des technologies et ne savaient pas vraiment comment se protéger, eux/elles et leurs communautés, en ligne. Platform a utilisé ces résultats pour élaborer un contenu rédigé dans un langage clair et ancré dans les scénarios des participant·es, puis a organisé 12 ateliers sur des thèmes tels que les principes fondamentaux de la sécurité numérique et la violence fondée sur le sexe facilitée par la technologie, avec le soutien de ressources d’apprentissage virtuelles, de contenu de campagnes et de recherches. Pour que l’apprentissage ne se limite pas à une seule séance, Platform a également créé un centre Cyberoctets dédié sur son site Web, qui héberge des enregistrements et des outils auxquels les utilisateur·rices peuvent revenir à mesure que leurs besoins évoluent.
IMPACT SUR LA COMMUNAUTÉ
Cyberoctets s’est attaqué à une lacune en matière de sécurité qui ne concerne pas uniquement les appareils ou la connectivité, mais aussi la reconnaissance des risques et l’accès des gens à des conseils tenant compte des préjudices liés à l’identité. Plus de 1 200 personnes ont participé directement au programme, et plus de 10 000 personnes ont découvert le contenu de Cyberoctets par l’intermédiaire du site Web et des réseaux sociaux de Platform. Les participant·es ont décrit des changements concrets dans leur façon d’aborder leur quotidien numérique. L’un·e de ces participant·es a fait état d’une meilleure compréhension des risques liés à l’IA et de la surveillance quotidienne effectuée au moyen des téléphones, des navigateurs, des applications et des comptes. Un·e autre a souligné l’importance de vérifier régulièrement les paramètres de confidentialité et la manière dont les données peuvent être recueillies sans consentement explicite. Même pour ceux et celles qui utilisent les outils numériques à titre professionnel, comme les propriétaires de petites entreprises, ces ressources les ont incité·es à repenser de manière pratique l’utilisation des plateformes et les limites personnelles en ligne.
Tout aussi important, les participant·es ont déclaré que Cyberoctets était l’un des rares programmes de sécurité numérique qui semblait avoir été conçu en tenant compte des réalités des personnes queer et BIPOC, réduisant ainsi leur isolement en mettant des mots sur le poids émotionnel lié au fait d’être surveillé, ciblé ou exposé. La directrice générale de Platform, Rowa Mohamed, décrit le programme comme « un moyen de valider les préoccupations relatives à la surveillance individuelle et collective afin que les participant·es se sentent moins seul·es, tout en leur proposant des mesures concrètes pour se protéger ». Sur le plan interne, le projet a également renforcé la capacité de Platform à planifier la suite des choses : l’équipe a identifié les lacunes les plus persistantes en matière de connaissances, a utilisé les données recueillies dans le cadre du projet pour obtenir au moins une année supplémentaire de financement et a commencé à élaborer des programmes plus avancés (Sécurité numérique 201/301) destinés aux organisations locales, passant de la sensibilisation à une pratique plus approfondie.
Cyberoctets montre que, lorsque les jeunes personnes queers et racialisées sont soutenues en tant que leaders dans la communauté et reçoivent des outils adaptés à leur réalité, elles sont mieux à même de rester en ligne, de rester visibles et d’être plus en sécurité sans avoir à faire face seules à ces risques. Cette volonté de relier les points entre les enjeux, les communautés et les organisations contribue à combler le fossé en matière de sécurité numérique.
LIENS CONNEXES
- Cyberoctets – https://theplatform.ca/cyber-bytes/