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Introduction : L’élan est en train de se développer 

Internet a révolutionné la façon dont les Canadiens apprennent, travaillent et restent en contact, mais ses avantages n’ont pas été ressentis partout de la même manière. Des millions de personnes manquent encore des compétences, des ressources et de la connectivité nécessaires pour participer à notre société de plus en plus numérique.

À l’heure actuelle, 5 % des ménages canadiens n’ont pas de connexion Internet à la maison. Seulement la moitié des ménages ruraux et un tiers des ménages des Premières Nations ont accès à l’objectif de vitesse « de base » de 50 mégabits par seconde (Mbit/s) en téléchargement et de 10 Mbit/s en téléversement fixé par l’organisme de réglementation des communications du Canada en 2016.

En 2022, un accès décent à Internet n’est pas un luxe : ce n’est même pas une chose dont on peut se passer. Lorsque ces problèmes ne sont pas résolus, les écarts de vitesse et de compétences numériques font que des gens sont laissés pour compte.

Disponibilité d'une vitesse internet de base dans les ménages

  • 53.4 % Ruraux

  • 34.8 % Premières Nations

Ce dont nous parlons, c’est de l’équité numérique, c’est-à-dire de la condition dans laquelle chacun dispose de capacités suffisantes en matière de technologies de l’information pour participer pleinement et de manière significative à notre société, à notre démocratie et à notre économie.

 

À l’heure actuelle, le Canada est un pays en proie à l’inégalité numérique… et l’inégalité numérique fait de nombreuses victimes :

Les enfants des écoles rurales ne peuvent pas faire leurs devoirs parce qu’ils n’ont pas accès à Internet à la maison.

Les résidents du Nunavut paient des factures d’Internet pouvant atteindre 1 000 $ par mois, alors qu’ils ont l’Internet le plus lent du pays.

Les Canadiens à faible revenu sacrifient de la nourriture et des médicaments pour rester connectés.

Des internautes innocents se font escroquer des millions de dollars chaque année en ligne.

Et la liste continue. Lorsqu’elle n’est pas contrôlée, l’inégalité numérique est un énorme catalyseur de désavantage et de discrimination systémique pour les communautés marginalisées dans l’ensemble du pays.

À un niveau plus large, quand il s’agit de concevoir des politiques publiques pour l’Internet, il existe également un déséquilibre politique et de plaidoyer qui favorise les perspectives de l’industrie par rapport aux communautés et aux organisations sans but lucratif.

Par exemple, le gouvernement a offert des milliards de dollars aux fournisseurs de services Internet (FSI) pour étendre l’accès à large bande en milieu rural, mais l’expansion ne s’est pas produite assez rapidement. Ces mêmes FSI font régulièrement pression sur le gouvernement, tandis que les communautés et les organismes sans but lucratif ont relativement peu de représentation ou de délégation pour prendre en main les problèmes Internet locaux.  Ainsi, les besoins des géants des télécommunications ont été privilégiés par rapport à ceux des internautes.

Pour aider à corriger ce déséquilibre et à accroître le contrôle local sur la manière dont les utilisateurs accèdent à Internet, des groupes communautaires et des organisations sans but lucratif dans l’ensemble du pays prennent l’initiative de projets de développement numérique pour aider à atteindre l’équité numérique. Bien que le potentiel d’un impact significatif au niveau communautaire soit élevé, la demande de financement est encore plus importante… et elle continue d’augmenter.

Chez CIRA, notre succès dans la gestion du registre de domaine de premier niveau du Canada (.CA) et dans la fourniture de services de pointe en matière de cybersécurité, de DNS et de registre de premier plan ont permis de générer des revenus que nous investissons dans des initiatives Internet dirigées par la communauté au Canada. Depuis 2014, CIRA a financé 185 projets, pour un montant de 9,2 millions $, grâce aux subventions de notre Programme d’investissement communautaire.

Il y a quelques années, tandis que nous actualisions notre stratégie, nous étions curieux de connaître le paysage du financement du numérique au Canada. Beaucoup de gens avec qui nous avions parlé croyaient qu’il y avait plus que suffisamment de financement pour les initiatives numériques au Canada. Ils pensaient que divers paliers de gouvernement s’occupaient des besoins de base des Canadiens en matière de connectivité et de compétences.

Cela nous a incités à entreprendre des recherches approfondies en 2020. En examinant le paysage, nous avons constaté que la réalité de la situation était bien différente de celle perçue.

Grâce à des entrevues avec plus de 100 personnes appartenant à des organismes sans but lucratif, des communautés autochtones, des milieux universitaires et autres, nous avons mis au jour de graves questions de politique systémique et de financement qui entraînent une lacune numérique au Canada. Nous avons publié ces résultats dans le rapport Sans connexion : Manque à gagner du financement, déséquilibres politiques et leur contribution au sous-développement numérique au Canada.

Le programme de subventions de CIRA est devenu l’un des rares programmes de financement axés sur le numérique accessibles aux organismes sans but lucratif du pays.

Depuis lors, des progrès ont été réalisés dans la prise de conscience des besoins de développement numérique. La pandémie de la COVID-19 a révélé toutes les facettes de la vie en ligne et les bailleurs de fonds se sont retrouvés face à des niveaux inacceptables d’inégalité numérique entre les bénéficiaires de subventions et les communautés dans l’ensemble du pays, en particulier parmi ceux qui ont une connectivité faible ou inexistante, et qui ont une capacité et des possibilités limitées de faire entendre leur voix sur les grands enjeux.

Il semble plus clair pour beaucoup de gens maintenant, après deux ans de restrictions et un bond des activités en ligne, qu’il existe un lien direct entre le financement du développement numérique et la résolution de l’inégalité numérique et les injustices sociales qu’elle exacerbe.

L’élan des bailleurs de fonds pour combler ces lacunes a lentement commencé à se développer. Le réseau Fondations communautaires du Canada, par exemple, a mis l’accent sur les solutions numériques dans dans l'Initiative pour des collectivités en santé,Collectivités en santé, un programme financé par le gouvernement du Canada.​​​ Technovate est un consortium de donateurs qui travaillent activement à mobiliser une réponse financière à la fracture numérique dans le secteur sans but lucratif.

En dehors de ces efforts naissants, le financement des groupes communautaires menant des projets de développement numérique demeure encore largement ponctuel et inaccessible. Nous étions impatients de découvrir pourquoi.

Cette année, nous avons mené plus de recherches pour apprendre directement de divers bailleurs de fonds canadiens quelles étaient leurs perceptions sur les initiatives de financement du développement numérique, y compris ce qu’ils considéraient comme des possibilités et des obstacles, ainsi que leurs idées sur la meilleure manière de renforcer la capacité de financement des initiatives.

Ce rapport présente les constatations de 20 entrevues approfondies avec différents bailleurs de fonds – dont certains sont des pionniers dans le domaine du financement du numérique, tandis que d’autres sont nouveaux. Bien que les bailleurs de fonds conviennent à une écrasante majorité que l’équité numérique est une priorité, leur niveau d’engagement à cet égard varie. Accablés par l’ampleur du problème, ou ne sachant pas par où ni comment commencer, beaucoup cherchent à s’informer et à être guidés pour éclairer leur approche.

La recherche est claire sur un point : la demande de financement pour les initiatives numériques est énorme et l’offre apparente est faible.

Beaucoup d’autres acteurs doivent se joindre à l’effort de financement du numérique du Canada : fondations communautaires et privées, programmes de dons d’entreprises et philanthropies technologiques, pour n’en nommer que quelques-uns. Ce rapport a pour humble objectif d’attirer l’attention sur l’équité numérique dans ce pays et d’encourager la communauté philanthropique du Canada à en faire une priorité stratégique dans tout ce qu’elle entreprend.

Les résultats de la recherche nous apprennent que le développement numérique au Canada est sous-financé, fragmentaire, improvisé et désorganisé malgré que les intervenants partagent plusieurs des mêmes buts.

— Le rapport de CIRA, Sans connexion

Sommaire

C’est choquant. Au début de 2021, il y avait plus de 11 100 fondations privées et publiques au Canada (voir la Figure 1). Les données fiscales les plus récentes montrent que leurs actifs ont triplé au cours des dix années précédant 2019 pour atteindre 116 milliards $, et qu’elles ont déboursé environ 7 milliards $ cette année-là, mais que très peu de cet argent va au développement numérique. Comme nous l’avons rapporté dans le rapport Sans connexion l’année dernière, « le développement numérique au Canada est sous-financé, fragmentaire, improvisé et désorganisé ».

Le développement numérique n’est tout simplement pas une priorité de financement. Si vous regardez les 12 principaux secteurs ou domaines d’activité en termes de dons, en utilisant les données les plus récentes de 2018 (voir la Figure 2), vous ne verrez rien concernant le « numérique ». Les trois principaux secteurs ont toujours été l’éducation, la santé et les services sociaux.  Chacune de ces mesures a été profondément transformée pendant la pandémie, alors que des millions de Canadiens ont migré en ligne pour étudier, travailler, utiliser les services de santé et rechercher tout autre type de service.

Pourtant, lorsque vous recherchez les mots « Internet » ou « numérique » dans la base de données complète des bailleurs de fonds Grant Connect d’Imagine Canada, une ressource utilisée par les solliciteurs, vous trouverez moins de 100 options sur environ 4 500 bailleurs de fonds. Ceci en dépit du fait que les organismes sans but lucratif au Canada croient qu’ils n’ont pas assez de financement pour utiliser davantage les logiciels et le matériel existants et pour avoir accès à de nouveaux outils numériques.


« Tout au long de la pandémie, les organisations qui ne se seraient pas considérées comme faisant partie de ce dialogue s’y retrouvent désormais pleinement impliquées. Les organisations qui, traditionnellement, n’auraient pas été engagées dans des conversations sur les compétences numériques et la fracture numérique ont désormais tout intérêt à se joindre au dialogue. »

— Marco DiBuono, vice-président adjoint des programmes et des opérations, Canadian Tire Jumpstart Charities


La firme de recherche The Strategic Counsel a mené 20 entrevues au nom de CIRA entre le 11 novembre et le 10 décembre 2021. (Voir dans l’Annexe A la liste des bailleurs de fonds interrogés.)

Ce qui suit est un résumé de nos principales constatations.

 

 

Principales constatations

1

Dans le passé, les bailleurs de fonds privés n’ont pas toujours accordé la priorité au développement numérique. Une analyse du secteur du financement des dix dernières années montre que des montants très faibles ont été consacrés au financement du numérique.

2

La pandémie a forcé les bailleurs de fonds à faire face aux défis du développement numérique, et ils conviennent maintenant que c’est une priorité, bien que leur niveau d’engagement varie.

3

Certains bailleurs de fonds hésitent à s’engager en raison d’un manque de confiance ou de connaissances et d’une perception erronée de l’ampleur du problème. 

4

Les bailleurs de fonds estiment qu’il existe une possibilité de créer une coalition et de développer une communauté de pratique et une vision commune. Et ils cherchent à faire preuve de leadership dans ce domaine.

5

Certains bailleurs de fonds voient des possibilités de regrouper des ressources dans un fonds partagé ou d’explorer des approches de financement collaboratrices pour aborder les problèmes de front.

6

Plusieurs participants ont encouragé l’évolution des pratiques et des perceptions des bailleurs de fonds concernant la technologie en tant que frais généraux, et le passage d’un financement par projets à des modèles fondés davantage sur la confiance et des relations plus profondes entre les bailleurs de fonds et les praticiens.

Constatations

Après deux ans de hauts et de bas du numérique pendant la pandémie, les bailleurs de fonds voient le lien entre le monde numérique et les infrastructures sociales. Ils se rendent compte que le développement numérique est essentiel pour les communautés qu’ils soutiennent, mais qu’il existe des problèmes et des obstacles. Pendant la pandémie, les bailleurs de fonds ont été inondés de demandes liées au matériel, aux logiciels et aux services numériques, et maintenant, ils les voient dans le contexte des questions plus vastes liées à l’équité numérique, aux besoins fondamentaux et aux droits de la personne.

Tout le monde reconnaît que le numérique est devenu une priorité

Nos constatations suggèrent que les bailleurs de fonds sont désireux de jouer un rôle dans le soutien des efforts de développement numérique menés par les communautés. Même si le problème numéro un pour un bailleur de fonds est le changement climatique ou la justice raciale, la santé mentale ou le développement communautaire, ou tout autre domaine d’impact social, il reconnaît que le problème numéro deux doit être l’équité numérique. Les Canadiens doivent être en mesure de se connecter en ligne pour s’engager sur des questions et les faire progresser. Le développement numérique est essentiel pour apporter des changements positifs dans les communautés.

« Nous avons beaucoup appris en fournissant des ressources numériques au début de la pandémie, et cela fait maintenant partie intégrante de notre stratégie à long terme », explique Marco DiBuono, vice-président adjoint des programmes et des opérations, Canadian Tire Jumpstart Charities.

Ce point de vue a été repris lors d’entrevues avec 20 bailleurs de fonds. Nous avons interprété leurs commentaires avec lesquels nous avons pu réaliser une échelle pour chaque bailleur de fonds pour montrer approximativement dans quelle mesure il priorisait le financement du numérique (Figure 3).

Pour 11 organisations, le financement du numérique était une priorité « réactive » ou « émergente ». Six autres organisations, principalement dans le secteur de la technologie, s’affirmaient « stratégiques » en choisissant le financement numérique comme une priorité « absolue », tandis que trois organisations s’en rapprochaient.

« Il est reconnu que le développement numérique aurait dû être prioritaire depuis déjà un certain temps. Aujourd’hui, de nombreuses organisations se précipitent pour se numériser»

— Gayle Corcoran, directrice principale du marketing communautaire et de la citoyenneté chez RBC

Les bailleurs de fonds sont confrontés à des obstacles lorsqu’ils abordent le numérique

Les bailleurs de fonds ont identifié trois obstacles principaux les empêchant d’intégrer le numérique dans leurs approches de financement.

Le premier est un manque de connaissances fondamentales concernant le numérique, ainsi qu’une faible sensibilisation et peu de familiarité avec le développement numérique. « Il existe un manque d’expertise au sein même des octroyeurs de subventions », explique Doug Gore, responsable, Développement de partenariats à la Fondation Trillium de l’Ontario. « Nous ne savons pas comment déterminer si une décision de financement numérique serait bonne ou non. » Ce commentaire reflète les points de vue dans l’ensemble du pays, et pas seulement parmi les bailleurs de fonds. Un récent sondage de CanaDon portant sur environ 1 400 organismes sans but lucratif, y compris des fondations, a révélé que la plupart ne possédaient ni les connaissances ni les compétences nécessaires au développement numérique.

Le deuxième obstacle découle du premier : comment et où, concrètement, un bailleur de fonds peut-il « apparaître » dans cet espace numérique s’il estime qu’il manque de connaissances et d’expertise? « Pour un bailleur de fonds, il peut souvent être angoissant d’offrir des financements dans un domaine qu’il ne maîtrise pas du point de vue des connaissances, dans lequel il ne sait pas qui sont les autres acteurs et comment l’écosystème fonctionne », explique Chad Lubelsky, chef des programmes par intérim de la Fondation McConnell. Il cite non seulement la nécessité de renforcer la base de connaissances des bailleurs de fonds sur le sujet, mais aussi d’établir des relations entre les acteurs, suggérant qu’un intervenant neutre peut jouer un rôle important dans ce cas.

Le troisième obstacle est lié aux besoins plus importants en matière d’infrastructure, tels que le déploiement d’un service à large bande ou par satellite au niveau communautaire, afin d’apporter ou d’améliorer l’accès à Internet pour les Canadiens. Les bailleurs de fonds ont exprimé peu d’intérêt à verser des fonds dans des projets d’accès numérique à grande échelle, en raison de l’ampleur perçue des besoins.  Ils estiment que ces questions relèvent du gouvernement et de l’industrie. Comme Chad Lubelsky l’a dit : « Les bailleurs de fonds évitent les projets qui donnent l’impression de  tenter l’impossible ».

Les bailleurs de fonds peuvent soutenir le développement numérique dans le cadre des priorités existantesLes bailleurs de fonds peuvent soutenir le développement numérique dans le cadre des priorités existantesLes bailleurs de fonds peuvent soutenir le développement numérique dans le cadre des priorités existantes

Il existe un lien direct entre l’équité numérique et la réalisation de la justice sociale. Par exemple, les communautés des régions rurales ou du Nord ont besoin d’un accès numérique accru pour répondre à leurs besoins fondamentaux comme l’éducation, le travail et la santé, ainsi que pour défendre les droits fondamentaux de la personne.

Quiconque présentant un problème de santé mentale ou de soins de santé en général, comme dans le cas de la COVID-19, doit pouvoir accéder à des informations et à des ressources en ligne.Les organisations et les communautés axées sur la justice sociale ou les questions politiques doivent avoir accès à des processus législatifs et coopératifs, sans parler des outils de communication en ligne. Peu importe sur quoi les bailleurs de fonds se concentrent, ils ne peuvent pas avoir de conversations significatives concernant des programmes et leurs impacts à long terme sans que le développement numérique n’en fasse partie. Rester connecté virtuellement est un élément crucial pour parvenir à la justice sociale.

En outre, les infrastructures numériques, tout en offrant des soutiens sociaux essentiels, s’accompagnent également d’une gamme évolutive de nouveaux problèmes sociaux pernicieux : campagnes de harcèlement, mésinformation sur la COVID-19, manipulation des votes, escroqueries en ligne et violences sur les médias sociaux, pour ne citer que quelques-unes des crises qui ont émergé en ligne. Qu’ils le veuillent ou non, les bailleurs de fonds à impact social ne peuvent ignorer ces problèmes et d’autres qui explosent dans les communautés partout au Canada.

Les bailleurs de fonds sont bien placés pour résoudre certains des problèmes parmi les plus importants. « Imaginez que vous disposiez de solutions numériques qui rendent les programmes accessibles d’une simple pression sur un bouton, qui accélèrent la portée, l’impact et la transformation », déclare Mark Buell, vice-président de la section nord-américaine de l’Internet Society. « Ces solutions permettraient une plus grande inclusion et une plus grande participation. »

En bref, faire du développement numérique une priorité ne signifie pas nécessairement créer de nouveaux programmes au sein des organisations de bailleurs de fonds. Cela signifie un financement pour remédier à l’inégalité numérique dans les programmes existants et intégrer le développement numérique dans des objectifs sociaux plus larges. Comme le dit Allan Enriquez, gestionnaire des données et des systèmes chez Fondations communautaires du Canada : « Je pense que de nombreux bailleurs de fonds sont assez précis dans ce qu’ils financent, et que le numérique n’est, honnêtement, pas le centre d’intérêt de beaucoup d’entre eux. Cependant, le numérique recoupe n’importe quel domaine d’intérêt. Il est à la base de tout. » En ce sens, les bailleurs de fonds conviennent que les priorités numériques sous-tendent toutes les priorités des programmes et ils ne voient pas la nécessité de définir des priorités numériques comme un pilier autonome.

Wanda Brascoupe, conseillère stratégique auprès du Fonds de résilience des peuples autochtones, l’explique de cette façon : « Si vous y réfléchissez bien, qui est responsable de l’égalité numérique? Est-ce la philanthropie? Probablement pas. Les bailleurs de fonds pourraient-ils y participer? Oui, par le biais de politiques, en faisant entendre leurs voix pour échanger et dire qu’ils constatent des lacunes importantes concernant les peuples autochtones d’un bout du pays à l’autre. Ils constatent une uniformité de la fracture numérique.

« Si cela est présenté aux bailleurs de fonds comme une possibilité d’améliorer le travail qu’ils font, comme une solution à certains de leurs défis, alors ils verront que c’est une réalité de la vie, que tout se passe en ligne. »

— Jehad Aliweiwi, Directeur administratif, Fondation Laidlaw

Les bailleurs de fonds n’ont pas besoin de « tenter l’impossible »

Le secteur philanthropique a un rôle à jouer pour financer le développement numérique et ainsi s’attaquer à l’inégalité numérique. Lors des entrevues réalisées pour la préparation de ce rapport, nous avons demandé aux bailleurs de fonds de commenter certaines des conclusions de notre rapport Sans connexion, qui portait sur l’identification des priorités de financement pour les projets liés à Internet au Canada.

Dans ce rapport, les organismes sans but lucratif et les intervenants communautaires nous ont dit que les projets d’infrastructure et la littératie numérique étaient les domaines de financement les plus prioritaires. Le leadership communautaire, qui est compris comme un appui aux groupes et aux organismes pour défendre efficacement l’équité dans la capacité numérique des Canadiens, a également été signalé. Inévitablement, ces divers besoins se recoupent, mais le leadership communautaire, en particulier, stimule la défense des politiques, alors qu’il est essentiel afin d’apporter des changements dans les autres domaines.

Nous avons demandé aux bailleurs de fonds quels domaines correspondaient le mieux à leurs intérêts de financement. Selon eux, il existait un intérêt à s’engager dans les trois domaines prioritaires (projets d’infrastructure, littératie numérique et leadership communautaire). Cependant, les bailleurs de fonds qui ne s’étaient pas concentrés sur le développement numérique auparavant étaient davantage intéressés par la littératie numérique ou le leadership communautaire.

Bien qu’il existe de nombreux exemples de bailleurs de fonds soutenant des initiatives de connectivité locale, les bailleurs de fonds en général perçoivent les projets d’infrastructure comme trop coûteux et irréalistes pour que la philanthropie y joue un rôle significatif.

Dans l’ensemble, l’intérêt dépend beaucoup de la manière dont chaque domaine recoupe les philosophies et les priorités fondamentales des bailleurs de fonds. Par exemple, la Fondation McConnell est un bailleur de fonds qui encourage les changements systémiques. « Pour certains, le leadership communautaire, et non les infrastructures techniques, serait une priorité », déclare Chad Lubelsky, chef des programmes par intérim de la Fondation. « Le travail que nous essayons de faire, en tant que bailleurs de fonds de changements systémiques, renforce la résilience. Une partie de notre théorie du changement consiste à soutenir les initiatives de leadership au sein des communautés. Les questions liées à l’équité numérique s’y rattachent. »

Les bailleurs de fonds peuvent jouer un rôle important dans les initiatives Internet menées par les communautés pour informer, protéger et responsabiliser les internautes. Le secteur philanthropique n’a pas nécessairement besoin de financer lui-même les infrastructures à large bande. Il pourrait financer des programmes communautaires qui, à leur tour, plaideraient pour l’équité numérique et l’accès à des services et systèmes Internet abordables et plus rapides.

« Le leadership communautaire se distingue surtout par la la manière dont notre travail apporte des recoupements significatifs. »

— Allan Enriquez, gestionnaire des données et des systèmes chez Fondations communautaires du Canada

Les bailleurs de fonds cherchent une communauté de pratique

Les bailleurs de fonds canadiens veulent collaborer pour aller de l’avant dans l’espace numérique, mais contrairement aux bailleurs de fonds numériques aux États-Unis et en Europe, il leur manque une communauté ou un processus de collaboration.

« Aux États-Unis, toutes sortes d’organismes sont mandatés au nom du secteur pour tenir ces conversations », explique Doug Gore, responsable, Développement de partenariats à la Fondation Trillium de l’Ontario. « Au Canada, nous n’avons pas ce niveau intermédiaire de renforcement des capacités. Littéralement, CIRA est ce groupe qui s’attaque à une petite pièce du puzzle. »

Nos constatations montrent que les bailleurs de fonds souhaiteraient renforcer la capacité à l’échelle du secteur de financer le développement numérique et d’établir une communauté de pratique au Canada, similaire au Fonds européen pour l’intelligence artificielle (une initiative philanthropique visant à façonner l’orientation de l’IA) ou encore le NetGain Partnership, basé aux États-Unis, qui se concentre sur les droits numériques et est particulièrement impressionnant. Il réunit le personnel du programme et les dirigeants de huit fondations, dont Ford, MacArthur et Open Society, entre autres. Media Democracy Fund est le partenaire stratégique et opérationnel de NetGain. Chaque année, le partenariat sélectionne un thème, s’engage à en apprendre davantage sur un sujet complexe au niveau systémique, et soutient, par le biais de dons directs et collectifs, une gamme d’activités et d’organisations alignées sur le thème annuel (voir l’Annexe B pour plus de renseignements).

Au Canada, un forum, un événement ou une initiative impliquant des organisations technologiques et des représentants des secteurs sociaux pourrait commencer à établir des ponts et à fournir un travail fondamental, afin que les bailleurs de fonds puissent commencer à comprendre les grands enjeux et les principaux acteurs. « Nous devons apprendre aux bailleurs de fonds à mener leurs propres programmes », suggère Mark Surman, directeur général de la Fondation Mozilla. « Établir un consortium de bailleurs de fonds, apprendre ensemble et déterminer un champ d’action au fil du temps. »

« Il pourrait s’agir simplement d’une personne qui faciliterait un dialogue à ce sujet », ajoute Mark Buell, vice-président régional de l’Internet Society pour l’Amérique du Nord. « Ce serait positif en ce qui concerne la manière de combler la fracture numérique au Canada et les rôles du secteur privé et des fondations. »

« Nous devons apprendre aux bailleurs de fonds à mener leurs propres programmes. Établir un consortium de bailleurs de fonds, apprendre ensemble et déterminer un champ d’action au fil du temps. »

— Mark Surman, directeur général de la Fondation Mozilla

Nous pouvons accroître l’effet en mettant en commun les ressources

Il existe une possibilité pour une coalition de bailleurs de fonds de combler les lacunes du système, par exemple, de financer des consultations et des initiatives qui amplifient les voix des communautés rurales, du Nord, autochtones et urbaines en quête d’équité qui sont à la recherche de leurs propres solutions de connectivité, ainsi que d’une possibilité de combler les lacunes en matière de connaissances et d’éviter une duplication des efforts entre les bailleurs de fonds.

Nos constatations montrent qu’un événement visant à cibler l’apprentissage et à créer une communauté de pratique pourrait inclure des propositions visant à mettre en commun des fonds et à partager des experts, des outils et des ressources. Comme nous l’a dit un participant anonyme en recherche : « Il pourrait être plus facile d’obtenir l’approbation du Conseil d’administration si nous pouvions dire que nous allons contribuer à un fonds plus important qui aidera à financer la transformation numérique des organisations.Le fonds commun pourrait avoir les ressources techniques nécessaires, de sorte qu’il n’incombe pas à chaque bailleur de fonds d’évaluer un programme de cette nature. Une forme de financement collaboratif ou collectif pourrait aller très loin, car il pourrait rationaliser les ressources dont vous avez besoin en termes d’identification et de financement de programmes percutants. »

Les besoins des groupes qui évoluent dans ces secteurs sont simplement trop importants pour qu’un organisme unique puisse y répondre à lui seul. CIRA, une organisation désireuse de voir la croissance du financement des initiatives numériques au Canada, a souvent été citée dans les conclusions comme une entité neutre ayant un intérêt fondamental dans le développement numérique du Canada et bien placée pour prendre l’initiative d’établir une communauté de pratique.

« Ce qui est nécessaire, c’est un organisme organisateur qui peut réunir et rassembler les gens et aider à établir une vision claire, puis être en mesure de maintenir ces relations, et de négocier des fonds en collaboration. »

— Participant anonyme

Financer le numérique est bien plus compliqué que financer des frais généraux de technologie

Les bailleurs de fonds ont soulevé un point supplémentaire important au cours des entrevues : s’assurer que le financement du développement numérique est vu comme faisant partie intégrante de l’équité numérique et de la justice sociale – comme un financement qui est plus que de simples frais généraux administratifs.

« Nos propres politiques et systèmes entravent le secteur, comme la perception que la technologie ou le numérique est une chose à avoir, de sorte que cela se retrouve avec les 15 % attribués à l’administration. Comme beaucoup d’autres, si vous avez besoin d’une technologie, d’un matériel, de logiciels pour réaliser les programmes, cela pourrait être inclus, mais en termes de financement dédié aux approches numériques, nous n’en avons pas », explique Doug Gore, responsable, Développement de partenariats à la Fondation Trillium de l’Ontario.

Willa Black, vice-présidente des affaires de la société chez CISCO Canada, se penche sur la manière dont cette tendance affecte les communautés et le secteur sans but lucratif. « Pendant de nombreuses années, de nombreux bailleurs de fonds et donateurs ont considéré le développement numérique comme un problème opérationnel. Et ils ne considéraient pas vraiment la technologie comme un outil stratégique pour réaliser des économies d’échelle, pour aider à fournir une programmation plus rentable… Je pense que nous devons vraiment prendre au sérieux les investissements techniques et numériques, et l’excellence, et comprendre quels en sont vraiment les avantages. À l’heure actuelle, je vois un sous-développement très prononcé. »
Wanda Brascoupe, conseillère stratégique auprès du Fonds de résilience des peuples autochtones, explique et propose une suggestion :

« Voici ce que nous avons constaté lorsque nos communautés postulaient, qu’elles soient dans des villes, dans des zones rurales ou dans l’extrême nord : la connectivité faisait partie de la santé mentale et de la souveraineté alimentaire, elle appuyait également les aînés de la communauté… la connectivité faisait partie de tout. Vous avez bien souvent besoin d’un accès en ligne pour faire quelque chose. Vous pourriez, dans votre processus de candidature, un peu comme vous le faites avec les montants administratifs, consacrer un poste, en dehors de la rubrique administration, au  montant nécessaire pour la connectivité. Cela pourrait être 10 % pour l’administration et peut-être 10 % pour la connectivité. Les bailleurs de fonds pourraient être ouverts à cette approche. »

– Jehad Aliweiwi, directeur administratif de la fondation Laidlaw, entrevoit comment les bailleurs de fonds peuvent changer leur point de vue : « Ce qui, je crois, serait utile, c’est de s’assurer que cela correspond à notre stratégie de subventions. C’est une dépense admissible, mais plus encore, en essayant de clarifier auprès des candidats ce qu’est leur stratégie numérique… c’est une question d’accès et d’équité. C’est une occasion pour nous de réfléchir à la manière dont nous abordons le racisme ou l’analyse de classe dans notre travail. Nous devons nous assurer que nous sommes conscients de la fracture numérique et y prêter attention… Cela devrait devenir une lentille à travers laquelle nous évaluons tout. »

Le financement devrait évoluer au-delà d’un soutien basé sur des projets

Un certain nombre de bailleurs de fonds ont également suggéré de passer des modèles de financement fondés sur des programmes ou des projets à des approches de financement plus relationnelles et basées sur la confiance. Les « modèles basés sur la confiance » créent des partenariats plus profonds, envisagent différentes façons d’être, permettent une utilisation plus libre des fonds et reposent moins sur les indicateurs de performance et les rapports d’impact. 

De nombreux bailleurs de fonds ont indiqué que les communautés sont les mieux placées pour diriger des fonds vers le développement numérique. Les modèles basés sur la confiance abordent les obstacles auxquels sont confrontés les demandeurs de subventions, favorisent des relations plus étroites avec les groupes autochtones et marginalisés et contribuent grandement à faire évoluer les mentalités traditionnelles.

Les bailleurs de fonds ont également partagé un certain nombre d’autres idées lors de l’évaluation des demandes axées sur le numérique, suggérant de meilleures pratiques qui vont au-delà des modèles traditionnels de « donateur-bénéficiaire » et pourraient augmenter l’impact :

  • Fournir un soutien à des organisations et des particuliers
  • Traiter les bénéficiaires et les membres comme des cohortes (c.-à-d. investir dans la création d’un réseau et soutenir les programmes de leadership de la cohorte)
  • Intégrer un membre principal ou un expert dans chaque cohorte pour agir en tant que conseiller et documentaliste
  • Penser à long terme et soutenir des initiatives pluriannuelles
  • Être clair sur les publics cibles et leurs besoins, mais éviter d’être trop prescriptif lors de la création de compartiments ou de flux de soutien

« Pendant de nombreuses années, de nombreux bailleurs de fonds et donateurs ont considéré le développement numérique comme un problème opérationnel. Et ils ne considéraient pas vraiment la technologie comme un outil stratégique pour réaliser des économies d’échelle... À l’heure actuelle, je vois un sous-développement très prononcé. »

— Willa Black, vice-présidente des affaires de la société chez CISCO Canada

Suggestions

Ce rapport a pour humble objectif : d’attirer l’attention sur le financement de l’équité numérique au Canada.

Il résume la recherche résultant de 20 entrevues avec des bailleurs de fonds philanthropiques parmi les plus importants du Canada. Nous formulons ces conclusions et suggestions, en nous fondant sur leur leadership et leurs commentaires :

Le financement du développement numérique doit être une priorité

Ceux qui ne font pas du développement numérique une priorité risquent de ne pas être pertinents. L’équité numérique et la justice sociale dépendent d’un financement du développement numérique proactif et stratégique, et non réactif et ponctuel, en particulier lorsqu’il s’agit de s’attaquer aux inégalités et d’amplifier les voix des communautés marginalisées.

Les bailleurs de fonds doivent être courageux

Certains participants à notre étude ont exprimé leur malaise face au manque de connaissances technologiques de leur organisation et à la perspective de se lancer dans un nouveau domaine problématique, mais les besoins sont urgents et de nombreux bailleurs de fonds savent que les personnes non connectées seront laissées pour compte. Les internautes sont confrontés à des menaces réelles et les bailleurs de fonds peuvent jouer un rôle important dans les initiatives Internet menées par les communautés, sans se sentir obligés de résoudre seuls les énormes problèmes de l’infrastructure numérique.

Le Canada a besoin d’une communauté de pratique pour le financement du numérique

Pour aider à attirer de nouveaux bailleurs de fonds dans la communauté, les organisations ayant une expertise en développement numérique peuvent jouer un rôle dans l’éducation du secteur au sujet des inégalités numériques auxquelles les Canadiens sont confrontés.

Les bailleurs de fonds ont besoin de mettre en commun leurs ressources

Par exemple, dans le cadre d’une communauté de pratique et d’une vision commune de l’équité numérique au Canada, les bailleurs de fonds pourraient s’associer à des initiatives, tandis qu’un organisme unique pourrait gérer leur financement collaboratif et leurs ressources collectives. Des fonds pourraient être distribués sous forme de subventions pour des projets de développement numérique, ainsi que pour des possibilités d’éducation pour les participants.

Les bailleurs de fonds devraient intégrer l’équité numérique dans leurs stratégies individuelles

Alors que les bailleurs de fonds entreprennent des examens stratégiques et une planification à long terme, ils doivent considérer le développement numérique comme plus que de simples frais généraux administratifs. Le développement numérique doit être considéré comme faisant partie de toute initiative stratégique. CIRA propose ce rapport ainsi que le rapport Sans connexion comme des moyens essentiels d’engager la conversation.

« II est nécessaire que la philanthropie reconnaisse vraiment que si nous ne sommes pas attentifs à l’équité numérique, cela va saper notre capacité à atteindre bon nombre de nos objectifs. »

— Participant anonyme


À propos de CIRA

CIRA est une organisation à but non lucratif composée de membres. Elle est surtout connue pour la gestion des domaines .CA au nom de tous les Canadiens, avec plus de trois millions de noms de domaine .CA enregistrés. CIRA crée des programmes, des produits et des services qui mettent à profit toutes les ressources qu’Internet peut nous offrir afin de bâtir un Internet fiable pour tous les Canadiens.

Chez CIRA, nous faisons tout ce que nous pouvons pour aider les Canadiens à prospérer en ligne. Notre équipe travaille dur pour que l’Internet soit une force d’innovation, de connexion et de confiance. Mais nous reconnaissons également que les avantages du Web n’ont pas été partagés universellement. C’est pourquoi nous mettons notre expertise, nos ressources et notre pouvoir de rassemblement à contribution pour aider à résoudre les problèmes de l’Internet grâce à notre Programme d’investissement communautaire, avec notamment :

  • Des subventions pour des projets liés à Internet qui sont menés par les communautés, telles que les fournisseurs de services Internet dirigés par des Autochtones.
  • Des outils gratuits pour protéger les Canadiens en ligne, comme notre service du Bouclier canadien.  
  • Des projets qui favorisent un accès rapide et résilient à Internet, comme notre test de performance Internet. 
  • Des événements pour faire participer les Canadiens à d’importants débats sur la politique d’Internet, comme notre série de conférences du FGCI.


Apprenez-en davantage sur notre programme d’investissement communautaire à l’adresse cira.ca/fr/programme-dinvestissement-communautaire.

Annexe A : Vingt bailleurs de fonds ont été interrogés pour ce projet, dont un a souhaité rester anonyme. Les organisations participantes comprenaient :

  • Conseil des arts du Canada

  • Fondations Bon départ de Canadian Tire

  • Centraide du Grand Montréal

  • Cisco Canada

  • Fondations communautaires du Canada

  • IBM Canada Ltée

  • Fonds de résilience des peuples autochtones

  • Fondation InSpirit

  • Internet Society

  • Fondation de la famille J.W. McConnell

  • Fondation Laidlaw

  • MakeWay

  • Fondation Mastercard

  • Fondation Medavie pour la santé

  • Fondation Mozilla

  • Fondation Trillium de l’Ontario

  • Fondation RBC

  • Real Estate Foundation of BC

  • Centraide Canada de Calgary et de la région

     

Annexe B : Étude de cas du partenariat NetGain

Les bailleurs de fonds au Canada ont émis le souhait de collaborer pour appuyer le développement numérique, d’en apprendre davantage sur l’inégalité numérique et d’établir une vision stratégique et une communauté de pratique similaires aux collaborations qui existent dans d’autres pays. Le partenariat NetGain, aux États-Unis, est un bon exemple de regroupement de bailleurs de fonds et de mise en commun des ressources.

NetGain a été fondée en 2015 par les chefs de la direction d’un petit nombre de fondations et lancée comme une initiative unique pour faire progresser les droits numériques. Aujourd’hui, elle est soutenue par huit partenaires qui partagent des principes et des stratégies : les fondations Ford, MacArthur, Knight, Mozilla et Skoll, ainsi que le Groupe Omidyar, l’Open Society et le Wallace Global Fund.

Chaque année, les partenaires choisissent un thème stratégique à l’intersection de la technologie et de la philanthropie (p. ex., comment renforcer les talents technologiques dans la société civile ou comment remédier aux dommages causés par les Big Tech) et s’engagent à s’informer ensemble sur un sujet émergent à un niveau systémique, de sorte que même si le travail de NetGain n’est pas aligné sur les stratégies de programme d’une fondation individuelle, le partenariat crée un environnement pour l’innovation et la collaboration partagées. La collaboration rend les investissements des bailleurs de fonds individuels plus efficaces et permet au groupe d’aborder des sujets qui sont trop ambitieux pour qu’un bailleur de fonds puisse s’y attaquer seul.

Plus précisément, chaque partenaire de NetGain s’engage à verser chaque année 500 000 $ en contributions, dont la moitié est mise en commun et gérée par le Media Democracy Fund (MDF), et l’autre moitié est comptabilisée dans les subventions accordées par chaque fondation par le biais de son propre système d’octroi de subventions, conformément au thème NetGain de l’année. N’étant pas membre du partenariat, mais agissant en tant que coordinateur et organisateur du partenariat, le MDF gère les activités administratives et de programmation, y compris les séances d’information virtuelles, les recherches mandatées, les communications, la gestion du site Web, ainsi que la conception et la gestion du fonds commun de subventions.

Les activités de NetGain comprennent la recherche et l’apprentissage partagés, y compris une retraite de réflexion d’apprentissage annuelle, des appels réguliers du personnel du programme avec les partenaires pour discuter de la stratégie et de l’octroi de subventions.


Pour des informations plus détaillées sur NetGain ses activités et ses résultats, veuillez consulter le site NetGainPartnership.org.